La croissance a, depuis les années 90, fait irruption en Asie et permis l’accroissement des richesses dans la plupart des pays du continent. Ainsi, si le nombre de personnes vivant sous le seuil d’extrême pauvreté (1,90 dollar par jour et par personne) dans le monde a baissé d’un peu plus d’un milliard, passant de 1,9 milliard en 1981 à 800 millions en 2013, cette diminution est majoritairement due à l’essor économique de la Chine, de l’Inde et des pays du Sud Est Asiatique. Pour autant, il ne faut pas occulter une réalité : il reste de grosses poches de pauvreté dans ces pays et une partie de la population se trouve simplement écartée de toute possibilité de pouvoir s’émanciper de la misère environnante.

Le thé : symbole d’une économie à deux vitesses

Marché du théLe marché mondial du thé se porte bien. La consommation de thé a, par exemple, triplé en France ces 20 dernières années. La France n’est pas un cas isolé car les modes de consommation ont évolué et font de ce produit une véritable tendance. Si les box de thé, les calendriers de l’avent spécial thé ou encore les machines à thé envahissent nos supermarchés et nous poussent à la surconsommation, les populations à l’origine de ce marché ne semblent pas profiter de cet engouement. L’industrie du thé est aujourd’hui l’un des exemples les plus significatifs des progrès sociétaux qu’il reste à accomplir dans ces pays pour permettre aux populations de profiter du boom économique.

Le Sri Lanka : la pauvreté chronique des cueilleuses de thé

L’exemple du Sri Lanka est parlant. Le pays est le troisième exportateur de thé en 2017 et le salaire moyen des cueilleuses se situe encore entre 2 et 3 dollars par jour. Cette rémunération est donc très légèrement au dessus du seuil d’extrême pauvreté pour un travail éreintant. La cueillette du thé, c’est arpenter les pentes des collines où se situent les champs, de 7h à 18h avec un sac sur le dos qui peut dépasser les 20 kilos. Tout cela pour un salaire ne dépassant pas la moitié du prix d’un thé ou d’un café acheté rapidement dans un starbucks français. Si les sociétés et leur niveau de vie sont difficilement comparables il est intéressant de se pencher sur le quotidien de ces cueilleuses pour comprendre la difficulté d’une vie rompue à l’idée de devoir seulement travailler pour survivre. L’expansion du capitalisme et du mondialisme est à ce prix : tirer parti des inégalités et les utiliser non pas pour rétablir l’équilibre et soutenir les plus faible mais pour alimenter la machine à profits. Cependant, même dans une situation d’exploitation de la main d’oeuvre, les bas salaires peuvent même apparaître comme une nécessité pour cette frange de la population. Une menace encore plus grande semble grandir à mesure que leur salaire pourrait augmenter : la mécanisation systématique. Ainsi, les cueilleuses sont coincées : si leur salaire augmente trop, elles perdront leur travail, elles se doivent donc de supporter cette situation dramatique pour ne pas perdre leur source de revenus.

La mécanisation : une tendance plus grave encore que les bas salaires ?

Les salaires qui augmentent c’est du profit en moins pour d’autres maillons de la chaîne. Une chaîne dont le premier maillon, les cueilleuses pourraient faire les frais dans un avenir plus ou moins lointain. En effet au Japon, c’est aujourd’hui presque l’intégralité du thé qui est ainsi récolté par des outils mécaniques. En Afrique, en Chine et en Inde, les techniques manuelles sont encore les plus répandues mais à mesure que la main d’oeuvre tend à devenir plus chère, les cultures se mécanisent. Les économies sont ainsi importantes car en moyenne 30% du coût d’exploitation d’une plantation de thé sont dévolus à la cueillette. Un triste piège pour une main d’oeuvre qui aujourd’hui n’a pas d’autre choix que d’accepter son salaire.

Que faire donc pour pallier ces problèmes ?

Plusieurs solutions sont avancées mais aucune se semblent aujourd’hui pouvoir apporter une réponse concrète à l’ampleur du problème causé par l’économie à deux vitesses.

D’une part il paraît évident que du côté des consommateurs une éducation est nécessaire : la surconsommation n’est pas la solution et les gens doivent comprendre les bienfaits d’une agriculture durable respectueuse de son environnement mais aussi de ses salariés afin de privilégier les produits issus de ce type de filière.

D’autre part, il est impossible de prédire le nombre d’emplois qui seront supprimés par la mécanisation, mais il semble évident que le choc sera terrible pour les populations concernées. Elles devront être re-éduquées et des programmes de réorientation vers de nouveaux emplois devront être pensés par les filières du thé. Nul besoin de dire que cette situation semble aujourd’hui bien loin.